Les Oubliés de Roissy Charles de Gaule

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La nuit à l’aéroport Parisien dévoile au visiteur curieux son lot de surprises. Il met surtout en lumière une face cachée, celle d’une forteresse dans laquelle se noient tant d’espoirs…Espoirs de nombreux pestiférés partis de contrées lointaines à la recherche d’une once de bonheur sur les bords de la Seine.

J’étais arrivé dans cet aéroport en provenance de Pékin pour Yaoundé. L’heure de la nuit étant tardive, Roissy vibrait au ralenti. Mais dans ce silence total qui répandait son écho sinistre dans tous les recoins, seul le pas de quelques travailleurs de la nuit venait troubler cette atmosphère de monastère.

Pourtant, c’est à ce moment précis que de partout, fusent des africains, on eut dit qu’ils n’attendaient que les ténèbres pour oser se montrer. J’observais cet afflux impressionnant d’hommes et de femmes délabrés, pressant le pas comme pour être sûrs de ne point être repérés par les forces de l’ordre.

Dans cet amas de visages sombres, une jeune femme se signala, s’approchant timidement de moi, et demanda, le timbre vocal suppliant, si j’avais un peu à manger dans mes affaires. Heureusement, j’avais quelques réserves et son visage s’illumina instinctivement. Une joie indicible, un soulagement palpable. Le sourire qui ornait sa bouche laissait transparaitre une dentition d’une blancheur impeccable. Ses gros yeux lumineux arboraient le masque de la fatigue. Malgré cette mine défaite, on devinait aisément qu’elle appartenait à la catégorie de celles à qui Dieu avait fait don de la beauté naturelle.

Au cours de notre conversation d’abord timide mais qui s’anima progressivement, elle me révéla qu’elle avait déjà passé trois semaines en ce lieu et qu’elle essayait de sortir de là pour rejoindre la ville. Mission herculéenne quand on se retrouve en zone internationale sans visa et qu’on a sciemment abrégé son voyage à Roissy alors qu’on y était arrivé pour une simple escale. Originaire du Zimbabwe, elle disait fuir la pauvreté de son pays pour essayer de se reconstruire en France…

De partout, fusaient des africains qui avaient tous le même discours, ils étaient là depuis des jours et cherchaient le moyen d’entrer en France. Le temps de cette escale et en attendant mon vol pour Yaoundé, j’étais devenu membre de ce groupe avec lequel j’échangeais et c’est avec pitié, le cœur brisé que je les écoutais élaborer des plans de sortie.

Ma nouvelle amie Zimbabwéenne me demanda si j’étais dans la même situation précaire. Je lui répondis, lui expliquant que j’attendais mon avion pour Yaoundé aux premières heures de la journée. Ses yeux laissèrent échapper quelques gouttes de larmes… << Trois semaines de solitude et pour une fois que je rencontre un africain chaleureux et comme il faut, il est déjà aussi temps de lui dire aurevoir. J’aurais tant aimé qu’on fasse route ensemble et j’ai l’intime conviction que tu allais me protéger ici et nous aider à trouver une solution >>, me dit-elle. Emotion à peine masquée. Visage devenu sombre. Le cœur en lambeaux…J’étais si triste pour cette jeunesse de mon Afrique propulsée dans l’inconnu, abandonnée à elle-même, vivant dans l’anonymat le plus absolu dans cet océan, carrefour des voyageurs du monde entier.

Quand l’horloge indiqua qu’il était 5 heures, mes amis d’un soir durent prendre congé de moi. Il fallait que tous retournent se calfeutrer pour éviter de s’exposer. La police était aux abois. L’amie zimbabwéenne s’avança vers moi et me supplia de l’embrasser pour l’adieu…Avec hésitation, j’acceptai d’exaucer son vœux. Une fontaine de larmes ruisselait de ses yeux. En s’éloignant, elle me dit calmement : « I very much appreciated your company and I don’t know why. But before you go forever, here’s my address in Harare. Please, inform my family that I am well and still alive ».

Je lui remis 50 EUROS. Un bref aurevoir de la main. Puis, comme un robot désarçonné, je pris mon sac pour rejoindre le terminal où Air France devait embarquer pour ensuite affronter le firmament. Direction Yaoundé au pays natal. La Zimbabwéenne disparut au loin…

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